L'histoire du homard froussard

Mon doux foyer (Fraaije et al., 2020)


    Tout le monde sait que les paguroïdes actuels (crustacés proches du bernard-l'hermite) emploient un refuge trouvé dans leur environnement direct pour s'épanouir dans des conditions marines. Mais saviez-vous que se mettre à couvert dans une coquille - ou dans n'importe quoi qui puisse offrir une protection - est un comportement commun chez les organismes pratiquant la mue ? Et que cela puisse dater du Cambrien (env. 600 millions d'années) ? De tels animaux se servant d'autres comme refuge (coquilles post-mortel comprises) sont connus comme des inquilins, pratiquant l'inquilinisme.


    Un fossile d'ammonite du Cénomanien inférieur (Crétacé supérieur, aux environs des 100 millions d'années) du Kazakhstan étudié en 2013 s'est révélé un Kinder Surprise. Cette ammonite contient un fossile de homard qui occupait de son vivant la chambre de son hôte disparu (Fig. 1).


Figure 1. Fossile de Hoploparia tectumque préservé in situ dans une chambre d’ammonite. Le homard l’a utilisée comme refuge durant sa mue. Le céphalon (la tête) du homard est mise en évidence en jaune, et une griffe peut être observée juste à côté. La tête du homard fait face à l’ouverture de la coquille, montrant que le fossile entier est en position de vie. Modifié, de Fraaije et al. (2020).

    L'exosquelette du homard, nommé Hoploparia tectumque (tectumque, du latin, signifiant "refuge") représente une photographie unique de l'éthologie de la vie ancienne. En fait, de nombreux arthropodes ont recours à des refuges lors de leurs mues, alors que leur corps reste mou et se montre donc plus vulnérable face aux prédateurs, mais il était difficile d'estimer quand ce comportement est apparu. Toutefois, ce homard n'est pas le premier fossile de crustacé a avoir été pris la pince dans le sac. Des exuvies ou des cadavres d'autres types de homards ont aussi été trouvés dans des ammonites du Jurassique inférieur jusqu'au Crétacé supérieur, tout comme des crabes aussi retrouvés dans des ammonites du Crétacé supérieur, et des nautiloïdes du Paléogène (qui sont des céphalopodes plus modernes que les ammonites).


    Le premier exemple de crustacé décapode inquilin remonte au Trias moyen, et il est possible de ce type de comportement soit devenu la norme chez les crabes-l'hermites par la suite. Les coquilles de gastéropodes ont aussi été envahies de manière routinière par les crustacés à côté des coquilles de céphalopodes, expliquant pourquoi les crabes-l'hermites moderne utilisent les coquilles de gastéropodes aujourd'hui étant donné que les ammonites se sont éteintes durant l'extinction de masse du Crétacé/Paléogène.


    Fabuleux, n'est-il pas ? Et encore : les trilobites du Cambrien employaient déjà des coquilles de lophophorés (groupe incluant notamment les brachiopodes, très commun dans la faune paléozoïque) et de céphalopodes distinctes de celles des ammonites (ces dernières sont apparues au Crétacé). Le monde moderne est pas SI moderne après tout.



Référence : Fraaije R.H.B., Jagt J.W.M., van Bakel B.W.M. & Tshudy D.M. (2020). A new early Late Cretaceous nephropid lobster (Crustacea, Decapoda) from Kazakhstan, entombed within an ammonite body chamber, Cretaceous Research 115, 104552. doi: 10.1016/j.cretres.2020.104552







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